Mon "Boogeyman " préféré fête ses 68 ans aujourd'hui ...
Ce que je préfère chez lui, ce qui me glace le sang en vérité , c'est que rien ne semble pouvoir l'arrêter ...
Il avance lentement mais sans fléchir vers sa proie , les yeux rivés sur elle ...
Sa future victime aura beau se cacher , courir, hurler, le canarder , le planter avec tous les objets pointus qu'elle trouvera , il la tuera ...
Il mérite bien son petit surnom de The Shape , parce qu'il ne dégage rien , aucune émotion, son visage reste caché derrière ce masque iconique qui l'arrache du monde des hommes pour le faire basculer vers quelque chose de malfaisant voire d'inhumain ...
Il y a une dizaine d'années de cela , alors qu'un froid glacial s'était installé dans ma région .....
J'étais en mode solo, ma fille était chez son papa , mon cheum était reparti dans sa région natale quelques jours , récup heures sup powa , plein de temps rien que pour moi ...
Les températures étaient descendues bien en deçà de zéro et il avait gelé +++ mais, ne me demande pas pourquoi, j'ai décidé d'aller faire quelques courses.
En sortant du magasin , j'ai voulu passer par les quais pour aller admirer les effets du gel sur le port de Boulbeach ...
J'étais armée de mes docs , d'un sac à dos alourdi par les courses et je portais un cabas bien rempli ...
Ravie par le spectacle des eaux gelées du fleuve proche , je n'ai pas prêté attention à ce que je faisais , je n'ai pas vu que les pavés du port étaient verglacés .
Et j'ai glissé .
Je suis tombée.
Une douleur affreuse a jailli quand mon genou gauche s'est déboité.
J'ai senti un éclair de souffrance tandis que je percevais le mouvement de l'articulation qui se déboitait.
Je suis restée assise au sol ahurie et choquée par la douleur qui irradiait dans ma jambe.
Mes courses étaient répandues autour de moi.
Je tremblais de douleur et je me suis mise à pleurer .
Personne n'est venu m'aider.
Il y avait du monde sur le port mais personne n'est venu.
Je voyais sous le tissu de mon legging une drôle de bosse , un renflement étrange , mon genou déboité était devenu une chose étrangère , une anomalie révulsante et douloureuse et je me souviens avoir pensé que désormais je savais ce que Stephen King avait voulu dire par dôme de douleur quand Paul Sheldon ( Misery) décrivait ce qu'il ressentait tandis qu'il contemplait ses jambes meurtries par son accident de voiture ...
Je suis assise par terre, j'ai froid, je pleure , mon nez coule .
Personne ne vient.
Et j'ai fait un truc dont je ne me serais jamais cru capable.
J'ai remis mon articulation en place.
Seule.
Ne me demande pas comment cela s'est exactement déroulé , je ne m'en souviens plus, je sais juste qu'à un moment je me suis dit que je ne pouvais pas rester comme ça et que je devais me relever alors j'ai "tiré " , je crois que j'ai poussé ou appuyé fort avec mes mains sur cette bosse en essayant de raidir ma jambe, mon cerveau a ordonné à mon corps de réagir et ça a craqué et mon genou est revenu en place ...
La douleur a été terrible , un éclair blanc de souffrance.
Mais une fois cet instant passé, j'ai pu me relever , lentement, en pleurant de douleur .
J'ai ramassé mes courses et je suis repartie doucement.
En temps normal il y a 5 minutes de marche entre le lieu ou j'ai chuté et ma bulle de l'époque .
Ce jour là j'ai mis à peu prés 45 minutes pour arriver jusqu'à chez moi.
Je ne sais plus comment j'ai fais mais je me souviens d'être rentrée , je me souviens du bruit des clés dans la serrure et du sac à dos qui tombe au sol ...
Je ne sais plus ce que j'ai fait ensuite.
Je pense que je me suis évanouie sur le divan du salon .
Ce qui est sûr c'est que j'ai du appeler ma maman au secours à un moment parce qu'à un moment elle m'a réveillée , elle était dans mon appartement et essayait de me faire dire ce qui était arrivé ...
Elle n'avait plus de bagnole à l'époque et malgré le froid, son âge , les risques et la distance, elle était venue.
Elle est restée prés de moi un bon moment , elle m'a aidée à me redresser, elle m'a apporté de l'eau et des médicaments , elle est allée me chercher une tenue propre , m'a enveloppée dans des couvertures , elle s'est occupée de mon chachou et a essayé de me réconforter à sa façon ...
Au bout d'une paire d'heures et après s'être assurée que j'allais mieux , elle est repartie chez elle sur ses petites guiboles de dame âgée et elle m'a rappelée à plusieurs reprises tout au long du reste de la journée puis des jours suivants pour voir comment j'allais.
Après son départ , je me souviens d'être restée emmitouflée dans mes couvertures, endolorie mais aussi heureuse d'avoir été bichonnée par ma mère ...
C'était ça ma maman .
Elle ne me disait pas je t'aime , elle ne me prenait pas dans ses bras, elle m'a fait énormément de mal quand j'étais enfant et ses choix de vie m'ont bien cassé les couilles parce que je ne les comprenais pas mais ...
Mais elle est venue ce jour là.
Cela fait deux ans aujourd'hui qu'elle est morte.
Elle me manque terriblement.
Il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à elle ...
Je n'ai pas la foi au sens religieux du terme mais je sais qu'elle est à mes côtés.
Je suis fière d'avoir hérité d'elle , de son esprit rebelle et rêveur , de cet art avec lequel j'encombre ma bulle pour en faire une espèce de musée de l'étrange , de mon amour inconsidéré des chats ...
Je suis fière de voir certains traits d'elle dans ma fille ...
Hier soir je me suis pelotonnée confortablement sur un des divans du salon afin d'y passer la nuit ...
Je fais ça parfois, pour tenir compagnie à Aya mon pôtit chat ...
Je me suis endormie rapidement mais mon sommeil n'a pas été de tout repos ...
J'ai beaucoup rêvé ...
Et je ressens le besoin de te raconter un de mes étranges voyages oniriques ...
Dans ce rêve , je suis allongée sur ce même divan.
Je dors profondément et paisiblement.
Je suis soudainement arrachée aux bras de Morphée par des bruits légers , des pas comme flottants , des portes d'armoires ou de placards qui sont ouverts doucement ...
J'entrouvre légèrement les yeux et je distingue dans l'obscurité du salon, une longue et maigre silhouette vaguement féminine aux longs, très longs cheveux blancs , hirsutes et sales , je perçois des membres décharnés, presque squelettiques, des mains tordues et mauvaises ...
Cette chose erre dans le salon en me regardant de temps en temps puis elle se dirige vers la chambre à coucher , je l'entends farfouiller doucement par là.
Je la localise en me fiant aux bruits familiers du plancher en bois qui grince légèrement sous son poids tandis qu'elle erre de pièces en pièces ...
Aya se lève et observe la chose avant de partir en courant vers les escaliers menant au jardin ...
Je suis seule avec cette présence qui fini par s'approcher du divan ou je "dors".
Elle se penche vers moi et je redoute de sentir ma peau entrer en contact avec ces horribles cheveux sales qui pendent comme des toiles d'araignées séculaires ...
La chose sait que je suis éveillée.
Elle m'observe intensément pendant 30 secondes et se détourne ...
Pour une raison qui m'échappe , j'ouvre alors grand les yeux et me redresse en silence et je la regarde partir ...
Jusque là j'étais horrifiée par cette chose mais je ressens désormais de la colère et je fusille du regard l'intruse qui se dirige vers la cuisine puis vers les escaliers menant au rez de chaussée en flottant , comme dansante ...
Elle disparait de mon champ de vision et je me lève pour la suivre et lui dire ses 4 vérités , énervée par cette intolérable intrusion dans Ma bulle ...
Je m'aperçois que les placards de la cuisine sont tous ouverts et je réalise que cette chose a chapardé plein de trucs ...
Je descends à mon tour les escaliers mais je ne la vois nulle part.
J'entends un bruit venant de la chaufferie ou je fonce et alors que je me tiens sur le seuil de cette pièce , je vois une trappe ouverte au sol , qui n'existe pas dans la réalité , et la chose est là , assise au bord d'un lit crasseux, entourée de vieilles boites de conserves et de livres aux pages jaunies par le temps ...
Et je comprends confusément qu'elle vit là depuis très longtemps, qu'elle était déjà là avant que nous ne nous installions dans la maison , qu'elle a peut être même toujours été là , ni vivante ni morte , quelque chose d'impossible à qualifier ou à identifier ...
Choquée et révulsée par cette vision , je repars en titubant vers l'étage et ...
Fin du rêve ....
J'ai été réveillée par des sons cheloux qui venaient de dehors , sans doute un de mes chats errants qui venait manger et a fait du bruit en sautant sur la table du jardin sur laquelle je dépose de la nourriture pour eux ...
Pendant quelques minutes , ces sons se sont mélangés à mon rêve et je t'avoue que j'ai failli me lever pour aller vérifier dans la chaufferie ...
Mais en me redressant, j'ai vu que Aya dormait toujours prés de moi et j'ai compris que j'avais rêvé cette incursion flippante ...
Au fil de ma journée , j'ai beaucoup pensé à ce rêve rempli de symboles évidents et de messages que je m'envoie à moi même ....
Et j'ai eu en tête cette phrase entêtante que prononce le héros du film Identity , une phrase qui colle parfaitement avec ce que je ressens depuis mon réveil ce matin :
"Ce soir en montant l'escalier j'ai vu un homme qui n'a jamais existé.
Je crois qu'il n'existera jamais, mais j'aimerais qu'il s'enfuie."
Désormais je sais que je vais machinalement chercher la trappe du regard quand j'irai dans la chaufferie ...
On august 29th 1997 at 2.14 am Eastern time , Skynet became self-aware , in panic , they tried to pull the plug but it was too late, Skynet fought back ...
Le retour des longues nuits s'amorce chaque jour un peu plus ...
Les matinées et soirées se font fraiches et l'on ferme les fenêtres de plus en plus tôt ...
On allume à nouveau les lampes ici et là dans la maison afin de chasser la pénombre ...
Cela sent l'automne ...
Et qui dit automne dit ...
Halloween ...
Je te rassure je ne vais pas ( déjà !!! ) te saouler avec Samhain etc etc MAIS ce changement de saison me donne une furieuse envie de te raconter une étrange histoire liée à Halloween ...
Donc si le cœur t'en dit, nous allons enfiler des tenues chaudes et nous allons nous diriger vers notre bonne vieille machine à remonter le temps qui va nous emmener en Angleterre le 31 octobre 1992 ...
Ce soir là , les téléspectateurs britanniques s’installent devant leur télévision pour passer une soirée d’Halloween comme les autres.
À l’écran, la vénérable BBC1 annonce une émission spéciale : Ghostwatch , une enquête en direct sur une maison hantée de Londres.
Les présentateurs sont connus, rassurants.
Toute l'Angleterre a une confiance aveugle en la BBC ...
Tout semble sérieux.
Mais au fil de la soirée, l’atmosphère bascule.
Ce qui semblait n’être qu’un reportage se transforme en cauchemar : bruits inexplicables, apparitions fugaces, possession en direct.
Ce que les téléspectateurs ne savent pas encore, c’est qu’ils assistent à une fiction soigneusement orchestrée.
Ghostwatch restera gravée comme l’une des plus grandes controverses de l’histoire de la télévision britannique ...
Conçue par le scénariste Stephen Volk et réalisée par Lesley Manning, Ghostwatch est présentée au public comme une investigation en direct dans une maison supposée hantée d'un quartier Londonien .
Sur le plateau tv , Michael Parkinson , une figure très connue et respectée échange avec une spécialiste en paranormal tandis que sur le terrain, c'est à dire dans la maison hantée, Sarah Greene et Craig Charles recueillent les témoignages terrifiants de la famille qui dit subir les assauts d'un poltergeist/esprit qu'ils ont surnommé Mr Pipes ...
Des caméras sont installées partout dans la petite demeure afin de saisir tout ce qui s'y produit ...
Un mur d'écrans montre ce qui se déroule en live dans la maison aux participants sur le plateau tv ...
La production de Ghostwatch met également en place un standard téléphonique géré par Mike Smith que les spectateurs peuvent contacter en direct afin de donner leur avis ou des témoignages ...
Tout est fait pour ressembler à une véritable émission : les codes journalistiques, le sérieux des présentateurs, les témoignages de voisins et d'experts…
Attardons nous à présent sur la maison hantée et ses habitants ...
Il s'agit d'une petite habitation se trouvant à Northolt dans le Greater London qui abrite Paméla Early une mère célibataire et ses deux filles , Suzanne et Kim .
A travers leurs échanges entre les Early et les journalistes présents sur le terrain, nous allons apprendre que Mr Pipes se manifeste en projetant des objets ou en poussant des cris flippants ...
Mais qui est ce fichu Mr Pipes me demanderas tu ?
Ce spectre est décrit comme étant l'esprit d’un homme instable et violent qui se serait pendu dans la maison et qui se manifeste par des coups, des bruits, des ombres.
Certains spectateurs vont affirmer au téléphone que Mr Pipes est la manifestation de l'esprit vengeur d'une vieille meuf qui aurait tué des mômes dans l'ère victorienne ...
On parle aussi d'un croque mitaine ou d'un poltergeist ...
Une impression de déjà vu du type Enfield pas vrai ?
Bref ...
Peu à peu , des phénomènes étranges se produisent dans la maison ...
Des apparitions furtives de Mr Pipes font sursauter les spectateurs ...
Et plus l’émission avance, plus le ton monte : objets qui volent, cris, possession d’une des filles de la famille qui se met à chantonner une comptine d'une voix étrange .
Et puis arrive le dernier quart d’heure ...
Tout part en couilles de ouf , Suzanne disparait , des objets sont brisés voire projetés sur les journalistes qui sont blessés , Sarah Greene est vue piégée dans la maison, hurlant avant que la caméra ne se coupe.
En studio, des choses étranges commencent à se dérouler , Michael Parkinson perd son flegme et semble lui aussi possédé, récitant des phrases glaçantes dans une ambiance de chaos comme si Mr Pipes avait réussi à quitter la maison pour hanter désormais le studio tv et pourquoi pas ...
Les postes télé de toute l'Angleterre ?
L’écran devient noir : silence, fin de programme.
Petit rappel : Ghostwatch avait été présentée comme une fiction au tout début de la diffusion du programme ...
Mais ...
Peu de spectateurs avaient remarqué cet avertissement sans parler de celles et ceux qui ont pris l'émission en cours ...
Des dizaines de milliers d'appels téléphoniques affluent au standard de la BBC qui sature rapidement , laissant les appelants incapables de joindre qui que ce soit dans l'inquiétude ...
Des centaines de mômes vont faire des cauchemars pendant des semaines voire des mois et resteront traumatisés à VIE par Ghostwatch ...
On parlera même de Syndrome Post Traumatique ...
Et enfin des dizaines de spectateurs vont affirmer avoir subi/vécu des phénomènes paranormaux chez eux au moment même de la diffusion de Ghostwatch ...
Un jeune britannique de 18 ans, Martin Denham s'est suicidé quelques jours après avoir vu Ghostwatch , il y avait dans sa chtite maison des bruits comme des claquements au niveau de la tuyauterie dans les murs et le pauvre gosse était persuadé qu'un fantôme comme celui qu'il avait vu dans Ghostwatch s'était installé chez lui ...
Ses proches trouveront une lettre d'adieu laissée par Martin disant en gros que si les fantômes existent bel et bien alors il sera à jamais avec ses parents sous cette forme là ...
L'onde choc a été telle que la BBC va soigneusement classer l'émission ...
On ne peut pas s'empêcher de faire un parallèle avec la "blagounette " d'Orson Wells quand il s'est amusé , en octobre 1938 , à mettre en scène via la radio , La guerre des mondes de HG Wells , avec un tel talent et un tel réalisme qu'il a fait flipper énormément d'américains ...
Si je suis toujours peinée en repensant au décès de Martin Denham , je suis aussi et surtout fascinée par l'impact qu'a eu Ghostwatch sur le public ...
C'est un peu comme si Ghostwatch avait été un petit caillou lancé sur la surface paisible et lisse d'un lac, générant des ondes qui vont secouer tout un pays ...
Cette émission de tv aura marqué toute une génération ...
Il y a un avant et un après Ghostwatch qui est considéré aujourd’hui comme une œuvre pionnière du Mockumentary aka faux documentaire et du found footage et ce bien avant le projet Blair witch qui est sorti en 1999 .
En 2002, pour son dixième anniversaire, Ghostwatch est enfin éditée en DVD, retrouvant une nouvelle vie auprès des passionnés de culture horrifique et paranormale ...
Et si tu me demandes mon avis ...
Je pense que Ghostwatch est un chef-d’œuvre dans sa manière de brouiller les frontières entre fiction et réalité.
En utilisant les codes du journalisme télévisé, les présentateurs familiers, le ton sérieux, le standard téléphonique etc etc , la BBC a réussi à piéger les téléspectateurs dans une illusion totale.
C’est une mise en abime brillante : une fiction qui prend la forme du réel, au point de créer un phénomène collectif et qui a révélé à quel point la télévision pouvait agir comme un médium au sens presque… spirituel ?
Les spectateurs n’ont pas seulement eu peur de Mr Pipes : ils ont ressenti que l’écran, cet objet familier, pouvait soudain devenir une porte vers l’invisible et je pense que cela en dit beaucoup sur la fragilité de notre rapport aux images et sur la puissance de la suggestion.
En conclusion :
Le soir d’Halloween 1992, la BBC a réussi à brouiller la frontière entre réalité et fiction au point de déclencher une panique nationale ...
Ghostwatch est un monument de la télévision, un rappel que parfois, les fantômes les plus effrayants peuvent surgir non pas des maisons hantées …