Jeudi 21 août 2025 ...
J'habite non loin d'une petite église et pour la seconde fois cette semaine , j'entends résonner le glas ...
Il a sûrement sonné , ce glas, quand la cérémonie religieuse pour ma maman s'est achevée en octobre 2023 , mais je ne l'ai pas entendu ce jour-là ...
J'étais sûrement trop bouleversée pour prêter attention à cela ...
Je suis restée assise à mon bureau, écoutant les cloches sonner et mes pensées étaient tournées vers ma mère ...
Je me suis demandée si elle a trouvé sa voie et sa place là ou elle est à présent ?
Et c'est alors que j'étais perdue dans mes réflexions quant à la vie après la mort, à mon espoir de voir un jour un signe de ma mother qu'un sujet m'est venu en tête ...
Et donc au menu aujourd'hui c'est fantômes et kimonos !!!
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Le 11 mars 2011, à 14h46, la terre a tremblé au large du Japon.
Un séisme de magnitude 9, l’un des plus puissants jamais enregistrés dans l’archipel, a ébranlé les fondations du pays.
Puis l’océan s’est levé.
Un mur d’eau a déferlé sur les côtes du nord-est notamment dans la région de Tōhoku et a tout emporté : maisons, écoles, familles entières.
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Plus de 18 000 personnes ont péri, englouties, disparues, pulvérisées par la force élémentaire de la mer.
Dans les mois et années qui ont suivi, les stigmates sont restés visibles partout : villes fantômes, sirènes d’alerte testées chaque jour, portraits des disparus accrochés aux murs...
La vie a repris son cours vaille que vaille ...
Les Japonais savent ce que le mot résilience veut dire ...
Et puis une rumeur a commencé à circuler ici et là et en particulier dans la ville d'Ishinomaki, l'une des plus touchées par le tsunami ...
A l'arrière des taxis ...
Plusieurs chauffeurs de taxi ont rapporté avoir vécu une expérience troublante .
Des passagers hélaient leurs véhicules , montaient à bord et donnaient une adresse de destination ...
Une adresse située dans une zone dévastée ou plus rien n'existait ...
Ces passagers étaient souvent décrits comme normaux mais parfois ils semblaient être trempés et avoir froid ....
Et puis au cours du trajet ils disparaissaient de la voiture ...
Un chauffeur raconte qu’une jeune femme vêtue d’un manteau trempé lui a dit :
"Conduisez-moi à Minamihama, s’il vous plaît."
Il lui répond que ce quartier n’existe plus.
Elle demande alors, d’une voix tremblante :
"Est-ce que je suis morte ?"
Lorsqu’il se retourne pour lui répondre, elle n’est plus là.
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Ces témoignages ne sont pas isolés et ils ont intéressé Yuka Kudo, étudiante en sociologie qui a décidé de mener une enquête sur le terrain en 2016 dans le cadre de ses recherches pour son mémoire de fin d’études ...
Pour Yuka Kudo, ces histoires révèlent bien plus qu’un simple folklore : elles sont un miroir du deuil collectif, un besoin profond de réparer le lien entre les vivants et les disparus.
Son travail a attiré l’attention des médias japonais et internationaux, et a contribué à faire connaître cette légende urbaine moderne, à la croisée du chagrin, de la foi et de l’identité culturelle japonaise.
Sur une centaine de chauffeurs interrogés, 7 ont déclaré avoir vécu ces étranges événements et aucuns de ces hommes ne cherchait à faire le buzz ou ne riait en racontant leurs histoires ...
Ces récits ne sont pas des histoires racontées par des écrivains.
Ils sont consignés, notés avec soin par Yuka Kudo.
Les chauffeurs, loin de vouloir se rendre célèbres, parlent de ces passagers avec respect et émotion.
Ils ne disent pas avoir vu un fantôme.
Ils disent : " Quelqu'un est monté dans mon taxi , j'ai conduit et puis mon passager n'était plus là."
Un chauffeur a déclaré : " ce n'était pas effrayant , c'était triste. J'avais le sentiment de faire quelque chose d'important en les aidant à rentrer chez eux ."
Les sociétés de taxis les prennent au sérieux : certains chauffeurs paient de leur poche les courses non réglées, persuadés d’avoir réellement transporté une âme en peine.
Ces témoignages s’inscrivent dans un tissu culturel ancien, dans lequel la mort brutale ne signifie pas toujours le départ immédiat de l’âme.
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Les âmes perdues du Tsunami ...
D'autres histoires vont surgir dans les mois qui suivent le tsunami du 11 mars 2011 ...
D'innombrables habitants du Tohoku affirment avoir entendu ou senti des proches décédés.
A Sendai , à Rikuzentakata , dans les collines de Fukushima , des témoignages surgissent ...
Des habitants parlent d'appels téléphoniques venus de maisons détruites ...
D'autres parlent de voisins vus brièvement dans les rues alors qu'ils sont morts depuis des semaines ...
Dans certaines maisons , des objets sont déplacés , des vêtements sont pliés comme si quelqu'un était revenu quelques instants ...
Des prêtres bouddhistes de la région rapportent avoir été sollicités pour effectuer des rites de purification ou des exorcismes improvisés non pas pour chasser des démons mais pour aider les défunts à comprendre qu'ils sont morts et qu'ils doivent suivre leur chemin vers l’au-delà.
Le Japon entretient un rapport très fort et très particulier avec ses morts ...
La bas, la frontière entre les défunts et les vivants n’est pas aussi étanche qu’ailleurs.
Les Yurei , esprits des hommes femmes ou enfants morts tragiquement ou avec des regrets, sont censés hanter les lieux de leur disparition.
Ils ne savent pas toujours qu’ils sont morts.
Ils errent, cherchent à rentrer chez eux, à être reconnus, à terminer un dernier voyage.
Dans une société marquée par le respect des Ancêtres et par les rituels précis du deuil, la brutalité des tremblements de terre et des tsunami brise l’ordre.
Et après chacune des nombreuses catastrophes qui impactent brutalement le pays du soleil levant , des milliers de morts sont restés sans sépulture, n'ont reçu aucun adieu de leurs proches ...
Dans cette brèche, les esprits s'engouffrent ...
D’un point de vue psychologique, certains évoquent un traumatisme collectif ou une forme de dissociation : ces chauffeurs, survivants eux-mêmes, auraient peut-être projeté leur propre culpabilité de vivre, leur propre tristesse, dans ces apparitions.
D’autres parlent de résidus émotionnels, d’échos spirituels dans un pays saturé de douleur.
Mais que l’on croie ou non aux esprits, une chose est sûre : ces histoires ont touché une corde sensible au Japon.
Elles ont été racontées dans les médias, évoquées dans des expositions artistiques, et murmurées dans les rues silencieuses d'Ishinomaki ...
Peut-être, après tout, qu’il ne s’agissait pas de fantômes.
Mais simplement d’âmes trop bouleversées pour partir ou de souvenirs si puissants qu’ils s’ancrent dans la réalité.
En conclusion :
Au Japon la tradition shintoïste et bouddhiste considère que les esprits des défunts peuvent rester attachés au monde des vivants en particulier s’ils sont morts tragiquement, sans sépulture digne ou avec des affaires non résolues.
Le surnaturel fait partie intégrante du quotidien des Japonais ...
Les témoignages que je t'ai racontés plus haut sont une manière pour les survivants de rétablir le lien avec leurs proches emportés brutalement.
C’est aussi une façon de dire: " Tu es parti mais je ne t'oublie pas , tu peux revenir" ...
C'est ce que je dis parfois en pensée à ma mère ...
J'espère qu'un jour elle reviendra me faire coucou à sa façon ...
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